Le pouvoir des caresses

Aucun autre sens ne nous offre un contact aussi direct avec d’autres êtres humains que le toucher. En fait, l’être humain est purement tactile : la peau recouvre tout notre corps et les mains, principal siège de la fonction tactile, sont des parties du corps complexes qui nous distinguent totalement des autres animaux.

Il n’est pas exagéré de dire que le langage du toucher est l’un des facteurs qui nous rendent uniques parmi les autres êtres. On dit, par exemple, qu’un nourrisson qui n’est jamais caressé a un risque très élevé de mourir.

Alors que la Seconde Guerre mondiale venait de s’achever, un phénomène s’est produit qui a suscité la curiosité des chercheurs. Dans deux orphelinats gérés par l’État, il a été signalé que les enfants grandissant dans l’un avaient en moyenne une taille et un poids supérieurs à ceux de l’autre. La situation était étrange, puisque les deux installations étaient sous la même direction.

Après enquête, on a découvert que la différence était due aux personnes responsables des enfants. Alors que la première responsable avait l’habitude de jouer avec les enfants dont elle avait la charge et de les choyer, la deuxième responsable avait une relation beaucoup plus détachée avec les petits qui grandissaient dans son établissement.

Par coïncidence, les deux femmes ont été mutées et chacune s’est retrouvée à la tête de l’orphelinat qui était auparavant sous la direction de l’autre. À ce moment-là, ce que l’on pensait déjà a été confirmé : les enfants qui avaient auparavant un indice de croissance très favorable ont commencé à perdre du poids et à grandir plus lentement. Pendant ce temps, les autres ont grandi et pris du poids.

Une étude

Selon une étude, il a été observé que la croissance des bébés nés prématurément s’arrêtait pendant leur séjour dans les incubateurs. Pour cette raison, il a été proposé de les laisser sortir pendant quinze minutes trois fois par jour, pendant lesquelles les bébés étaient caressés. Les résultats ont été extraordinaires : en peu de temps, les bébés ont atteint un niveau de maturité dans la fourchette normale et sont sortis de l’hôpital une semaine plus tôt que les autres nourrissons qui n’ont pas été caressés.

Les parents d’aujourd’hui n’ont souvent pas assez de temps à consacrer à leurs enfants et, pour cette raison, un groupe de chercheurs commence à se demander si la croissance exponentielle de la violence chez les jeunes pourrait avoir une relation directe avec ce manque de contact du nouveau-né avec maman et papa dans les premiers stades de la vie.

Au Royaume-Uni, une étude a été menée sur ce sujet, qui a décidé d’analyser les différents types de soins prodigués aux enfants de moins de cinq ans, et leur impact sur leur développement.

Des experts ont analysé la salive d’enfants qui ne recevaient aucune réponse lorsqu’ils pleuraient, et ont constaté une forte présence de cortisol dans leur organisme. Le cortisol est une hormone qui est produite lorsque nous sommes stressés.

Cette substance a un effet très nocif lorsqu’elle agit sur un cerveau en développement. Il modifie également la capacité du système immunitaire à réagir. On en a donc déduit que ces enfants étaient plus susceptibles de tomber malades.

On a ainsi découvert que le stress ne provient pas seulement de stimuli menaçants, mais aussi de situations de carence ou de la tension générée par des besoins émotionnels non satisfaits. Cette frustration peut devenir la cause d’une agression ultérieure, latente ou exprimée.

La science confirme donc ce que nous avons tous pressenti d’une manière ou d’une autre. Le contact affectif par le toucher nous rend meilleurs et plus forts. Cela n’est pas seulement vrai pour les nouveau-nés, même si c’est particulièrement important à ce stade de la vie. Le besoin de caresses se poursuit tout au long de notre vie et, même chez les adultes, elles produisent exactement le même effet que chez les enfants.

Le pouvoir thérapeutique des caresses

La communication non verbale repose sur un échange qui utilise les gestes à la place des mots. Il est, en effet, possible de communiquer, d’exprimer et de partager les sentiments et les émotions à travers certains actes ou gestes que l’on utilise au quotidien. Parmi ces gestes, se trouvent les caresses.

Les caresses offrent des plaisirs infinis aux hommes comme aux femmes, aux petits comme aux grands. Les caresses peuvent servir à réconforter, à apporter un simple soutien affectueux ou à témoigner un désir pour l’être aimé. Cette expérience physique et émotionnelle est appréciée de tous. D’ailleurs, plus les caresses sont lentes, plus le cerveau réagit de manière intense. Les caresses ont donc un pouvoir sur nous. Voyons ce qu’elles sont capables de faire.

Les bienfaits curatifs des caresses

Des études ont prouvé le pouvoir thérapeutique des caresses. Selon ces études, les caresses sont des expressions qui ont plus d’impact sur l’être humain que n’importe quel médicament.

En effet, un baiser ou une caresse peut provoquer une libération d’ocytocine. Cette hormone est capable de détendre le corps et lutter contre la tristesse et la dépression.

Les caresses sont des stimulants positifs au pouvoir indiscutable. Elles sont importantes dans la mesure où elles déterminent la maturité émotionnelle et l’évolution en tant qu’individu. Quand elles viennent à manquer, les dégâts peuvent être assez sérieux. L’exemple des enfants de la rue ou ceux qui ont vécu dans un orphelinat est prodigieux. En effet, comme ils ont grandi dans un milieu hostile (la rue) où règne le manque de tendresse et d’attention sociale, ces enfants finissent souvent par développer des pathologies telles que la névrose.

La marginalisation et l’absence d’amour et de gestes tendres altèrent souvent le développement affectif et rendent toute tentative d’adaptation à l’entourage et à la société une mission difficile voire impossible.

Caresser une personne adulte ou un enfant est une manière affective d’entrer en contact avec lui. Le développement social et émotionnel de l’individu passe, entre autres, par le toucher. Une caresse affective, une accolade ou un frôlement sont autant de manières d’entrer en communication avec l’autre et d’exprimer nos émotions et nos sentiments. Tous ces gestes révèlent notre état affectif et la nature de nos émotions.

Des caresses pour éliminer le stress

Le toucher a des vertus bienfaisantes parfois méconnues. Une caresse peut faire l’effet d’un tranquillisant. Combien de fois nous sommes-nous sentis rassurés après s’être blottis dans les bras d’une personne qui nous est chère ? Les problèmes et les soucis se volatilisent comme par magie ; c’est dire le pouvoir du toucher et des caresses !

Il est très facile de tomber dans la dépression et les idées noires quand on est privé de ce contact. Ne pas être touché ni caressé ne veut dire qu’une chose : on n’est pas aimé. C’est ce qui fait basculer dans la tristesse et l’isolement.

Qu’on soit petit ou grand, bébé ou personne âgée, ne pas être touché veut dire être rejeté et non désiré. Ce manque peut toucher toutes les tranches d’âge.

La chaleur humaine, l’affection et la tendresse ne peuvent faire l’impasse du toucher et des caresses. C’est à travers eux que nous exprimons nos sentiments, confirmons notre attachement et rassurons en cas de besoin.

Il n’existe pas de relation, qu’elle soit charnelle ou pas, qui ne s’exprime pas par ce biais. Le corps fait passer, à travers la caresse, des messages aussi efficaces que les mots que l’on prononce.

Ces gestes doux et agréables ont la capacité d’apaiser les tensions, de rassurer et d’apporter amour et affection. N’en soyez pas avares ; plus vous en donnerez, plus vous en recevrez.

Fuir la douleur à tâtons

En plus de l’ocytocine, le contact physique favoriserait la sécrétion d’endorphines, des hormones aux effets euphorisants et antalgiques. Voilà pourquoi on se sent dans un état second après un massage. Ce pouvoir intéresse particulièrement les hôpitaux. Ils sont de plus en plus nombreux à introduire des thérapies par le toucher, en complément de médicaments, pour améliorer la prise en charge de la douleur et le bien-être des malades. Le simple fait de prendre la main d’un patient aurait des effets bénéfiques. Un chercheur de l’université de Virginie a fait subir des chocs électriques à 16 femmes. La souffrance ressentie était bien moindre quand elles tenaient la main d’un aide-soignant ou mieux, de leur compagnon, que quand elles étaient seules. Les IRM réalisées en direct ont montré que le niveau d’activation du circuit de la peur diminuait quand leur partenaire, et dans une moindre mesure un inconnu, les tenait. Et plus la relation du couple était bonne, plus les effets étaient prononcés.

Se frôler plus pour palper plus

Pour demander un service à son voisin ou à un passant dans la rue, mieux vaut le faire avec le sourire et, surtout, en osant un discret peau contre peau ! Le chercheur en psychologie sociale de l’université de Bretagne-Sud, s’est intéressé aux impacts du toucher. Dans le cadre d’une étude, il a demandé au serveur d’un restaurant de frôler l’avant-bras de certains clients avant de leur remettre la carte et de leur suggérer le plat du jour. 59 % des clients “caressés” ont suivi les recommandations du serveur, contre 42 % pour ceux qui ne l’avaient pas été. Le chercheur a répété le même protocole dans différentes situations de vente avec des résultats similaires : on consomme plus dans un bar et on se montre plus généreux sur les pourboires après un léger contact, les clients acceptent plus volontiers d’essayer un vêtement si le vendeur les a subrepticement effleurés et les passants répondent plus facilement à un questionnaire si l’enquêteur les a touchés. Vous savez ce qu’il vous reste à faire pour obtenir (presque) tout ce que vous voulez.

Jeu de mains, victoire sur le terrain

Dans les stades, les joueurs d’une même équipe sont souvent très tactiles entre eux. On se tape sur l’épaule, le dos ou même les fesses, on s’attrape par le cou. Bref, on se tripote beaucoup pour faire corps. Et ce n’est pas un hasard ! Une équipe de chercheurs de l’université de Californie a compté le nombre de contacts physiques entre les membres des équipes de basket-ball de la NBA. Résultat : celles qui sont le mieux classées sont aussi celles où les coéquipiers se cajolent le plus. Les câlins virils avant d’entrer sur le terrain et à chaque panier déclencheraient la production d’ocytocine, une hormone qui contribue à créer la sensation de confiance et réduit le niveau de stress des joueurs. Des conclusions confirmées par les nombreux travaux, dirigé la spécialiste mondiale du toucher. Elle a montré que les massages font chuter le taux de cortisol, la pression sanguine et la fréquence cardiaque, les trois principaux symptômes liés au stress.

Le bonheur et l’épanouissement : comment y parvenir ?
Le sport pour les personnes en surpoids